L’Annonciation – Fête de l’Incarnation du Verbe

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l’Eglise universelle a toujours considéré que le jour de l’annonce de l’ange Gabriel[1] à Marie était celui de la conception immaculée du Verbe de Dieu  en elle,  par le Saint-Esprit, c’est-à-dire la fête de l’Incarnation du Fils de Dieu, fête de l’Amour fou de Dieu pour l’Homme et, à travers l’Homme, pour toute Sa création. Son nom grec est beau et significatif : Evangelismos (annonce de la bonne nouvelle). C’est une des plus grandes fêtes de l’année, qui, en principe, n’est pas reportée, même lorsqu’elle tombe en Semaine Sainte[2]. La liturgie sera donc festive, mais  nous respecterons la tradition liturgique  occidentale de ne plus chanter « Alleluia » en Carême.

Sa date n’a pas été toujours le 25 mars : elle a été longtemps le 18 mars dans le rite mozarabe (péninsule ibérique), le dimanche avant Noël dans le rite ambrosien (Italie du Nord), et probablement aussi  dans le rite des Gaules (il y a une immolatio de l’Annonciation pendant l’Avent dans le sacramentaire Gallicanum  vetus ). Le 25 mars a été choisi parce que c’était exactement 9 mois avant Noël. Certains auteurs anciens pensent qu’on a d’abord  fixé au 25 mars la date de la mort du Seigneur et de Sa conception  (c’était, en effet, une idée très répandue dans l’Eglise antique, que le Christ était venu dans le monde et  en avait été rejeté  -par la mort- le même jour, car  il y a un lien spirituel entre la naissance et la mort [ la naissance étant la venue sur terre et la mort étant une naissance « au Ciel » ; en l’occurrence, pour le Christ, Sa venue  sur la Terre commence avec Sa conception]),  puis qu’on a fixé Noël au 25 décembre en fonction du 25 mars.

Lorsque nos Pères, et en premier  lieu l’évêque Jean de Saint-Denis,  ont restauré une année liturgique de rite occidental dans l’Orthodoxie, entre 1944 et 1964, ils ont eu l’idée géniale d’emprunter aux matines[3]  byzantines le très beau dialogue de l’Ange Gabriel avec Marie,  qui est un trésor théologique sentant bon le parfum de l’Eglise indivise, de les regrouper et d’en faire un hymne des vêpres occidentales et le  « trait » de la liturgie (qui remplace l’Alleluia dans les rites occidentaux pendant le Carême).

Nous célèbrerons en bleu et blanc, qui sont les couleurs des fêtes de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu.

Pour ceux qui voudraient approfondir ce grand mystère, j’ai commenté longuement l’Evangile de l’Annonciation (Lc 1/24-38) dans Apostolia, n° 60, de mars 2013 (p.6-11).

Noël TANAZACQ – Recteur

                                                                                                  (24  mars 2017 ; rev. et corr. 22 mars 2018)

[1] On l’appelle souvent « l’Archange » Gabriel, qui est un terme générique pour désigner les hiérarchies angéliques supérieures, mais il est en fait un Séraphin, l’un des 7 qui se tiennent devant le Trône de Dieu (Apo 8/2). Il est fêté, en Orient et en Occident, le 24 mars.

[2] En principe elle n’est reportée que le dimanche de Pâques : elle est alors célébrée le Lundi de Pâques. Lorsqu’elle tombe le Jeudi St ou le Vendredi St, on la célèbre le matin (tous les grands offices de ces jours saints étant célébrés en principe le soir)

[3] Ces tropaires, de St Théophane l’Hymnographe4, se trouvent disséminés dans les 8 odes du Canon. C’est extrêmement pédagogique de les avoir regroupés.

[4] St Theophane l’Hymnographe, appelé aussi « le Marqué », ancien moine de la laure de Saint-Sabas, persécuté par les iconoclastes (il fut marqué au fer rouge au front), fut évêque de Nicée et un grand hymnographe, au 9ème s. Fêté le 11 octobre.